Sécurité et accidents de Pou
Par Jean-Pierre LALEVEE
Le thème de la sécurité du Pou-du-Ciel mis en relation avec les accidents dans lesquels il est impliqué revient régulièrement sur la liste de diffusion, comme un bon marronnier dans les journaux.
Ce message de P. Labbé fait allusion au travail de Pierre Rousselot, mené en 2001, visible à cette adresse:
Les accidents de Pou-du-Ciel
Réflexions générales: de 1995 à 2004, le nombre d'accidents touchant la formule Mignet a augmenté. Cela n'a rien d'étonnant puisque le nombre de Pou(x) en vol a certainement subi une très forte augmentation au cours de cette période! Il est pratiquement impossible de savoir combien de Pou(x) et de quels types volent en 2005, et c'est bien dommage.
On observe que beaucoup d'accidents concernent le Cordouan. Cordouan et Ballerit sont majoritaires dans les accidents.
Certains accidents mentionnés dans les rapports annuels ne sont que des incidents. Il est intéressant de comptabiliser des atterrissages en campagne, mais en l'absence d'informations supplémentaires, nous ne pouvons en tirer aucune conclusion utile.
Il serait bon par conséquent d'avoir plus de détails sur tous ces accidents sans exception, malheureusement, les rapports d'analyse du BEA ne sont pas très nombreux et nous laissent sur notre faim.
Les rapports d'analyse du BEA
À cette adresse, on peut obtenir des informations complémentaires: http://www.bea-fr.org/francais/rapports/rap.htm (cliquer sur RAPPORTS dans le menu de droite).
Huit rapports seulement concernent la formule Mignet, et parmi eux 3 concernent le HM 293 (certitude pour 2 sur 3, le type du 29CS n'étant pas précisé):
HM-293 - Yves SEGONDS le 10/12/2003
http://www.bea-fr.org/docspa/2003/w73-c031210/htm/w73-c031210.html
Cause inconnue (maladie ?) - Pilote 65 ans.
HM-293 - Magnicourt-en-Comté - 62 - 8/7/2003
http://www.bea-fr.org/docspa/2003/w62-h030708/htm/w62-h030708.html
Au cours d'un essai suite à changement moteur, cause non déterminée - Pilote 67 ans.
Cordouan - Meaux - 77 - 25/09/1999
http://www.bea-fr.org/docspa/1999/75-v990925/htm/75-v990925.html
Cause évoquée: ouverture accidentelle de la verrière. Pilote 39 ans, peu expérimenté sur cet appareil.
Ballerit - Pignan - 34 - 28/05/2000
http://www.bea-fr.org/docspa/2000/34-n000528/htm/34-n000528.html
Décrochage en montée initiale. Assiette à cabrer trop importante. Pilote 60 ans.
Cordouan - WHM52 - Belvès - 24 - 18/07/1999
http://www.bea-fr.org/docspa/1999/wh-2990718/htm/wh-2990718.html
Repliage des ailes AR au décollage, préparation incomplète de l'aéronef avant le vol. Pilote 63 ans.
Cordouan - Royan - 17 - 12/08/1998
http://www.bea-fr.org/docspa/1998/17-n980812/htm/17-n980812.html
Décollage avec voilure arrière non verrouillée. Pilote 40 ans.
Cordouan - Aigrefeuille-d'Aunis - 17 - 01/11/1997
http://www.bea-fr.org/docspa/1997/17-l971101/htm/17-l971101.html
Perte de contrôle à basse hauteur (déclenchement intempestif du parachute de secours ?). Pilote 74 ans.
Pou du ciel (type non précisé) - 29CS - Gironville - 91 - 04/06/1997
http://www.bea-fr.org/docspa/1997/29-s970604/htm/29-s970604.html
Décollage manqué au 1er vol effectué après modification du calage des deux plans. Pilote 44 ans.
Ces 8 accidents sont les seuls décrits sur le site officiel qu'est le BEA. Leur nombre n'est pas très élevé en regard du nombre d'accidents qui figurent sur les listes annuelles, mais ce sont les seuls qu'il soit possible de prendre en compte. Du point de vue de l'exactitude scientifique, il n'est pas possible de spéculer sur les autres accidents puisqu'on ne dispose pas d'éléments les concernant.
En tout état de cause, aucun des 8 accidents ci-dessus ne fait apparaître de retournement en vol. Il n'y a par conséquent aucune raison particulière de considérer le retournement comme la cause principale des accidents. Ce qui ne signifie pas que ces retournements n'existent pas.
Un élément, systématiquement mentionné dans les rapports du BEA, est l'âge du pilote. Dans la grande majorité des accidents, on observe que le pilote est âgé de 60 ans et plus.
Un accident est consécutif à une modification sur le calage des ailes. Sans info plus précise, on peut supposer qu'il s'agit d'un changement de l'angle d'attaque de l'aile AR, mais il pourrait aussi bien s'agir d'un déplacement de l'aile AV ayant affecté le centrage. Les rapports disponibles manquent donc singulièrement de précisions pour ce qui nous intéresse.
CONCLUSION
Une très grande quantité d'incidents d'ULM restent cachés dès lors qu'ils n'ont entraîné aucune conséquence humaine. La formule Mignet n'échappe pas à ce phénomène. Un Pou qui fait un cheval de bois ou un atterrissage dur entraînant un peu de casse, une panne moteur qui se termine sans mal pour le pilote, et seul un petit cercle d'initiés est mis au courant. J'ai connaissance personnellement d'accidents non déclarés dont le plus sérieux a entraîné la destruction quasi complète d'un Pou au premier atterrissage, sans aucun dommage pour le pilote. Il s'agissait sans aucun doute possible d'une erreur de pilotage, qui s'est ajoutée à un problème matériel perturbant le premier vol.
Les rapports du BEA résultent d'une enquête approfondie effectuée par des spécialistes. Une enquête est diligentée chaque fois qu'il y a décès ou blessures; parfois, une enquête est menée alors qu'il n'y a que des dégâts matériels. Les rapports du BEA constituent les seules données objectives, vérifiables, démontrées, que l'on peut se permettre de prendre en considération si l'on veut être crédible.
Des informations concernant d'autres accidents ou incidents n'ayant pas fait l'objet d'une enquête n'ont pas à être prises en compte si l'on prétend faire œuvre scientifique, car elles sont invérifiables: l'homme qui a vu l'homme qui a vu l'accident n'est pas forcément digne de foi... Le seul témoin fiable est sans doute la caméra qui a pu filmer la scène; même le pilote (surtout lui, peut-être ?) n'est pas digne de foi.
Que le Pou soit instable aux petits angles, que des accidents de Pou se soient produits par la faute d'un mauvais centrage, que le Pou soit susceptible de passer sur le dos quand ces éléments se conjuguent, voilà des données qu'on ne peut ignorer. Ce que l'on peut dire, c'est que des théories ont été avancées pour expliquer les phénomènes. Ce que l'on peut dire également, c'est que les accidents les plus graves, ceux pris en compte par le BEA, n'ont pas de lien établi avec ces défauts dont l'origine et les conséquences sont connues, même si leur mécanisme est incertain du point de vue de la physique.
Il paraît gênant que les théories existantes soient proposées par des non-pratiquants du Pou-du-Ciel, qui ne sont pas en mesure de vérifier en réel par eux-mêmes ce qu'ils avancent; celui qui l'a fait, Philippe Balligand, est décédé justement dans l'accident de son Pou en 1999. Cet accident ne figure pas dans les rapports du BEA, car Philippe était un Belge qui volait à bord d'un avion belge. Il a été dit que son Pou s'était retourné avant de toucher la toiture de l'usine sur laquelle il a atterri. Mais a-t-on des éléments officiels qui le prouvent, et dans l'affirmative que sait-on des caractéristiques de sa machine au moment de l'accident: son centrage en particulier ? Philippe était justement en train d'étudier le centrage lorsqu'il a été victime de l'accident. Les données recueillies par lui, en expérimentation réelle, ont été perdues pour la plupart. Celles qui restent sont très incomplètes. Il n'y a plus aujourd'hui d'expérimentation réelle in situ, si l'on peut dire!
Centrage à 25 % de la corde totale des 2 ailes; pas de recouvrement des ailes; dispositif interdisant à l'aile AV d'atteindre une incidence trop faible. En respectant ces 3 règles qui ont fait leurs preuves, le Pou vole sans risque. Cela, c'est l'expérience qui le dit... et les rapports du BEA tendraient à le confirmer.
Maintenant, si le pilote n'est pas fiable (âge, état de santé, inexpérience, inattention, excès de confiance, etc.) ou si le Pou est doté d'un moteur à problèmes, il est clair que tout reste possible.
L'âge du pilote, pardonnez-moi d'insister, est probablement un élément à ne pas perdre de vue. L'âge moyen des constructeurs de Pou ne serait-il pas plus proche de celui de la retraite que de celui du début de la vie professionnelle ? On voit beaucoup d'anciens sur les rassemblements, n'est-ce pas ? Et parmi eux, combien ont en main un brevet de pilote depuis longtemps ?
Le Pou, conforme au plan, bien réglé et pourvu d'un bon moteur, est dangereux principalement lors des premiers vols, quand le pilote stressé ne dispose plus que d'une fraction de son cerveau. Le premier vol est évidemment de très loin le plus dangereux. On ne mesure pas a priori combien lors du premier vol les facultés intellectuelles du pilote diminuent! Les vols suivants restent très risqués, mais leur danger diminue peu à peu à mesure que l'expérience vient au pilote.
Par la suite, le Pou redevient dangereux si on lui apporte une modification de fond; on sait que certaines d'entre elles sont à proscrire. Enfin il reste dangereux si l'on prend un peu trop à la lettre les textes "optimistes" du bouquin, et que par l'excès de confiance dû peut-être à l'habitude, on se permet de dépasser certaines limites. Mais cela n'est pas propre au Pou-du-Ciel.
Origine de l'article: discussion sur la liste de diffusion PouGuide




